Chapitre 14: A Travers Le Miroir
Heï marchait en sifflotant dans les couloirs. Il avait joué à tête de fer avec Bao pendant la matinée et cherchait quelques choses de plus constructif a faire. En passant devant un jardin, il vit Karine. La jeune fille se tenait debout sous un arbre, les bras levés sur les côtés. Elle avait retiré sa tunique du dessus, à manches longues. Heï la regarda quelques secondes, plus ému qu’il ne l’aurait avoué. Il vit soudain deux ailes de plumes immaculées jaillir des côtés de ses bras. Karine ramena ses bras vers elle et les leva devant ses yeux pour regarder ses plumes. Elle sentit une présence derrière elle et se retourna tout en repliant ses ailes. Elle vit Heï la fixer et lui sourit.
-Salut, dit-elle.
-Salut, répondit Heï en se trouvant bête. Heu… Tu peux te transformer ?
Karine secoua la tête en s’asseyant sur un banc prés de l’arbre.
-Ho, j’arrive à sortir mes ailes, mais je crois que j’aurais encore besoin du caducée. Ha, ça me fait bizarre… J’ai l’impression d’être branchée sur haute tension…
Elle s’appuya contre le tronc de l’arbre et regarda les fleurs tomber.
-Ce sont de jolies fleurs, dit-elle les yeux a demi-clos.
-Ce sont des fleurs de pêcher. Tu connais la symbolique de cet arbre ?
-Nnn, fit Karine somnolente.
-On dit que si un jeune homme embrasse la fille qu’il aime sous un pêcher en fleur, leur amour durera toute leur vie.
Karine sourit, les yeux toujours fermés.
-C’est une jolie histoire.
Elle sentit Heï se pencher sur elle et l’embrasser doucement. D’abord surprise, elle le repoussa le moins brutalement possible.
-Heï… Non, arrête.
-Karine, écoute je… Je t’aime.
Karine posa ses doigts sur sa bouche pour le faire taire. Elle attendit quelques secondes avant de reprendre d’une voix douce et posée.
-Heï, je te remercie de m’accorder tes sentiments… Je suis vraiment désolée, mais je ne peux y répondre.
Elle se rassit et regarda dans le vide en serrant ses mains l’une dans l’autre.
-J’ai déjà quelqu’un dans mon cœur. J’aime un homme qui partage mes sentiments. Pardon de te repousser Heï…
Le jeune Hen-Li soupira puis lui sourit, l’air de rien.
-Bah, ne t’inquiètes pas ! C’est rien, de toute façon, tu es un dragon et moi ton garde du corps… Je n’avais pas à me déclarer…
-Heï, commença Karine d’un air peiné.
-Non, ne dis rien, ça seras plus difficile si tu sembles le regretter… Juste un détail, ce type que tu aimes, tu es sure qu’il te rendra heureuse ?
Karine baissa les yeux en souriant.
-Oui, c’est un gentil garçon…
-alors, ça va… laisse-moi juste rester à tes côtés Karine… Je serais perdu sans toi…
Karine lui sourit et le prit dans ses bras.
-Heï, ce n’est pas parce que je ne suis pas amoureuse de toi que je ne t’aime pas ! Et je te l’ai dit : Je reste Karine, comme toi tu restes Heï… Ami pour la vie ?
Heï leva la main et lui ébouriffa les cheveux.
-Jusqu'à l’après vie ! S’exclama t’il en riant.
-Hé ! Ne touches pas à mes cheveux ! ! !
Baï, debout dans l’embrasure de la porte les regardait d’un air sombre. Il avait entendu la confidence de Karine au sujet de l’homme qu’elle aimait. Il se sentait jaloux. Jaloux de cet inconnu. Qui pouvait-il être ? Un homme du monde chinois ? Non, à part les dragons, aucun homme n’avait approché Karine depuis qu’elle était ici. Peut être un homme du monde ou elle avait grandi… Si c’était le cas, il ne semblait pas très inquiet de la disparition de la femme qu’il aime. Baï prit son courage a deux mains et avança vers ses deux amis qui se chamaillaient.
-Karine, Heï, le Tao Tie va couper la force d’égalisation.
-Je veux voir ça ! S’exclama Karine en bondissant sur ses pieds, tu viens Heï ?
-Le seul endroit ou je ne te suivrais pas, c’est le lit conjugal ! A moins que tu ne m’y invites, bien sur !
-Idiot va !
Karine approcha du miroir. Il était gigantesque. Bien plus grand que celui des Fa. Elle leva les bras et le dragon dans son reflet fit de même.
-Mon reflet est celui d’un dragon ! S’exclama t’elle en gigotant.
-Oui, ce miroir reflète ta vrai nature, expliqua Yu.
-Ca ne change pas pour moi, dit Baï en se penchant jusqu'à toucher le miroir du nez.
-Et pour moi non plus, dit Heï.
-Ho, c’est parce que tu es né humain, dit Chi Faï en apportant une maquette au Tao Tie.
Karine s’approcha en sautillant.
-C’est quoi ?
Le Tao Tie retira le voile posé sur la maquette. La maquette représentait deux miroirs posés face à face, leur reflet mutuel se multipliant à l’infini.
-A quoi ça sert Grand-Père ?
-C’est une maquette de magie… Une manière d’enchanter de très grands objets. Ce miroir représente le monde de Baï et celui la le monde de Shiro. Leurs reflets mutuels symbolisent la force d’imposition…
-Je vois… Les miroirs s’influencent l’un de l’autre, dit Baï d’un air pensif, qu’arriverais t’il si on plaçait un objet entre les deux ?
-Si on y place par exemple une flamme, le monde connaît une sécheresse générale et de violents incendies.
-Comment vas-t’on couper la force d’égalisation ? On va voiler les miroirs ?
Le Tao Tie secoua la tête.
-Si nous faisons ça, la nuit tombera sur les deux mondes. Chi Faï ?
Le Hen-Li tendit un assemblage de prismes et de miroirs au Tao Tie.
-Nous ne pouvons réellement couper la force d’égalisation, mais on peut l’empêcher d’agir.
Baï observa l’assemblage quelques secondes avant de hocher la tête.
-Le champ des reflets va être interrompu et les actions dirigées autre part…
-Si nous laissons la force inactive trop longtemps, les divergences entre les deux mondes seront irrattrapables… Une semaine sera déjà beaucoup…
-Ne t’inquiètes pas grand-père, on se sera occupés de Zhu Long depuis longtemps !
Le Tao Tie posa la maquette sur une table de pierre puis plaça le mécanisme entre les deux miroirs. Il les orienta correctement et se redressa.
-Bien, c’est fait, maintenant, parlons de ton plan Karine…
Le Tao Tie se retourna vers les adolescents, juste à temps pour voir Heï adossé sur le miroir.
-Heï ! Ecarte-toi du miroir ! ! !
-Pourquoi ? Il est inactif non ? Dit le jeune homme avant de sentir la surface du miroir céder sous le poids de son corps.
-Hooo ! Karine !
La jeune fille tendit le caducée à Heï mais la force qui le tirait vers l’intérieur était trop forte. Baï se précipita à son tour et saisit Heï par la taille. Ses bras s’engluèrent dans le miroir et il commença à s’enfoncer à son tour. Karine tourna la tête vers sa mère.
-Que se passe t’il ?
-Je l’ignore ! Peut être que la force d’égalisation essaye de ramener Heï dans son monde d’origine !
-Karine ! Cria Baï tendit que le miroir se refermait sur son visage.
Karine se précipita en avant et agrippa la main de Heï qui dépassait encore. Elle tirait de toutes ses forces mais le miroir refusait de lâcher sa proie.
-Karine, dit Feng, a peu prés calme, si tu empêches le passage de tes amis, ils risquent de se perdre entre les deux miroirs et de errer ainsi jusqu'à la fin des temps.
-Compris Papa.
Elle sauta dans le miroir à la suite de ses amis.
Après un moment de silence, ses parents se préparèrent à la suivre mais le Tao Tie les arrêta d’un ordre bref.
-Non. Yu, Feng, restez ici.
-Père !
-Mais, Mère, Karine…
-Elle est dans son monde, dit le Tao Tie. De plus, maintenant que le maléfice à été annulé, elle pourra réutiliser le Miroir De Fa et revenir. Espérons juste qu’elle fasse vite… De plus… Je suis inquiet au sujet de Baï et Kuro.
-Pourquoi ça ? Fit Feng en fronçant les sourcils.
-Ils ne sont pas dans leur monde natal… Et sans la force d’égalisation…
Karine ressentit de nouveau la chute qui caractérisait le transfert d’un monde à l’autre. Elle atterrit lourdement et roula sur un sol dallé. Elle se hissa sur les coudes et regarda autour d’elle. Elle avait atterrit dans un hall malodorant et humide, vide de présence humaine.
-La vache… Bon, ou suis-je ?
Elle leva les yeux.
-Quai A à F ? Métro ? Bon je suis dans mon monde et en France, c’est déjà ça… Heï ? Baï ?
Elle entendit un gémissement à sa droite et se releva. Heï essayait de se relever, mais était gêné par Baï, toujours crispé autour de sa taille.
-Karine ? Oula… Le Seigneur Feng va me tuer, j’ai encore fait une connerie…
-Réveille Baï, je crois qu’on est pas loin de chez moi.
Karine tourna sur elle-même pour essayer de se retrouver. Elle était dans une bouche de métro, probablement une grande station, sous une gare ou quelques choses comme ça. Elle vit un plan du métro au mur et s’en approcha. Elle chercha le sacro-saint « vous êtes ici » et lu le nom de la gare.
-Gare de Lyon. Génial…
-Karine ! Appela Heï.
La jeune fille se retourna et revint vers ses amis en courant. Heï avait allongé Baï sur le carrelage et était penché sur lui, un air inquiet sur le visage.
-Il ne va pas bien.
Karine s’agenouilla prés de Baï et posa la main sur sa joue. Le jeune homme tremblait mais sa peau était chaude.
-Karine… Je ne me sens pas bien…
-T’es-tu cogné en arrivant ?
-Non… J’ai atterri sur Heï…
Karine retira son manteau et le mit sur le jeune homme. Elle leva les yeux sur Heï.
-Heï, porte le jusqu’au siège la-bas, je reviens.
Karine se releva et partit à la recherche d’une cabine téléphonique. Elle en trouva une rapidement. Elle fouilla dans son sac qu’elle avait toujours avec elle. Un piaillement furieux lui répondit et Tikou jaillit hors du sac.
-Tikou ? Bon, super, toute la bande est la…
Elle prit une carte téléphonique et l’inséra dans la fente. Elle appela les renseignements.
-allo, les renseignements ? Pourriez vous me passer une boutique du quartier chinois ”Les Yeux du Tao Tie” dont le propriétaire se nomme M. Fa… Oui, merci.
Pendant ce temps Heï avait installé Baï sur les sièges en plastique du hall. Il le recouvrit soigneusement du manteau de Karine et s’agenouilla à ses côtés.
-Tout ira bien… Karine s’occupe de tout.
Baï sourit à son ami mais se figea en regardant par-dessus son épaule. Heï se retourna et vit une bande de loubards de son âge qui avançaient vers eux.
-Reste couché, glissa t’il à Baï avant de se relever.
Même si Heï avait passé une grande partie de son enfance chez Baï, il avait, à l’âge de douze ans, été officiellement adopté par un militaire, ami de Chi Faï et serviteur des dragons. Il lui avait enseigné les arts martiaux ainsi que le maniement de nombreuses armes. Heï s’était montré très assidu dans son apprentissage et avait même perfectionné sa technique dans de nombreux combats de rue. Il s’était par ailleurs taillé une solide réputation dans le milieu et rares ou inconscients étaient ceux qui le mettaient au défi. De son côté, Kuro avait subi le même entraînement, a ceci prés que, obligé de rester en cours avec Karine et Baï, il passait beaucoup moins de temps à « zoner ». Les trois loubards qui approchaient ne connaissaient visiblement pas Kuro et venaient apparemment pour le plaisir de se battre à trois contre un.
-bonjour mon ami ! S’exclama l’un d’entre eux.
-Sont cool tes fringues, t’as eut ça ou ?
-Chez Emmaus ?
Heï laissa passer les boutades, en partie par ce qu’il ne les comprenait pas. Il regarda calmement les trois autres. L’un d’entre eux l’attrapa par le col.
-On va être gentil, file-nous tout ton argent et on te laisse partir, toi et ton… Copain.
Heï commença par un léger sourire. Ses yeux se plissèrent tandis qu’il fixait son agresseur. Puis son sourire s’élargit jusqu'à dévoiler ses crocs. Le jeune homme poussa un glapissement d’horreur et lâcha le col de Heï. Ses amis reculèrent d’un pas.
-Bordel, c’est un vampire ? ! !
-T’es con, ça n’existe pas !
-Vampire ou non, dit le chef, il encaissera pas ça ! ! !
Il sortit un couteau a cran d’arrêt qu’il ouvrit d’un mouvement de poignet et d’un geste vif et précis visa le cœur.
La lame ricocha sur le torse de Heï mais déchira sa tunique et sa peau humaine. Heï répliqua d’un large geste qui rejeta le loubard en arrière. Puis il baissa les yeux sur l’ouverture de sa tunique. Il écarta les pans abîmés, dévoilant sa peau rouge et écailleuse. Les trois loubards décidèrent d’abréger la rencontre et s’enfuirent à toutes jambes en hurlant. Karine les croisa sur son chemin et les suivit du regard, étonnée. Elle jeta un regard faussement sévère à Heï.
-Heï, voyons…
-C’est eux qui ont commencé ! Clama le Hen-li. Alors ?
-Le Fa de ce monde va venir nous chercher, il faut sortir d’ici d’abord. Tu veux de l’aide pour porter Baï ?
-Ne t’inquiète pas… Je suis un Hen-Li, j’ai beaucoup plus de force qu’un être humain.
Heï approcha de Baï et l’aida à s’asseoir avant de lui tourner le dos et de le hisser. Baï se laissa faire sans protester. Karine s’approcha, inquiète de l’état de son ami.
-Baï ? Est-ce que ça va ?
Le jeune garçon lui sourit d’un air fatigué. Ses grands yeux bleus étaient à demi clos et sa peau encore plus blanche que d’habitude. Karine lui caressa les cheveux.
-tout ira bien Baï, on va aller chez des amis.
Baï hocha la taille et posa son front contre les épaules de Heï. Le hen-li tordit son cou pour écouter la respiration de son ami.
-Il s’endort.
-Tant mieux, il ne s’épuisera pas comme ça… Je trouve ça bizarre, il allait bien tout à l’heure.
-On demandera à Mr Fa, ou est la sortie ?
-Par ici, fit Karine, suit moi.
Les trois amis traversèrent le hall et Karine guida Heï a travers plusieurs couloirs et escaliers. Le Hen-li se plaignait souvent de l’odeur pestilentielle du métro qui agressait son sensible sens de l’odorat. Ils arrivèrent enfin à la sortie et Karine fit monter Heï sur un escalier roulant. Après un moment d’appréhension, Heï la suivit tout en jetant des regards mauvais aux marches automatiques, comme si celles ci allaient l’avaler. Il fut content de retrouver l’air libre. Il était déjà tard dans l’après midi et la nuit commençait à tomber, mais Heï vit distinctement le décor urbain. Il laissa errer son regard sur le macadam, les voitures, les panneaux d’affichage. Les enseignes néons qui commençaient à s’allumer lui arrachèrent une plainte de douleur et les bruits de la circulation, pourtant réduite à cette heure ci, l’obligèrent à diminuer l’acuité de ses sens. Karine s’assit sur un banc et fit signe à Heï de poser Baï. Celui ci se réveilla à demi lorsque Karine posa sa tête sur ses genoux. La jeune dragonne lui caressa les cheveux en murmurant des paroles réconfortantes.
-Chut, dit-elle doucement, reste calme…
Elle commença à fredonner un chant doux, comme une berceuse. Baï l’écouta sans mot dire. Il connaissait cette chanson, dans son monde, toutes les mères le chantaient à leur enfant, mais elle eut malgré tout un effet calmant sur lui. Il aurait voulu que cet instant ne cesse jamais. Lui avec Karine. Il n’entendait presque pas les bruits de la ville, couvert par le chant de son amie.
La voix de Heï brisa le charme.
-La vache… C’est surprenant.
Un homme d’une quarantaine d’année venait de descendre de sa voiture. Il alla vers Karine et s’arrêta devant elle. Ses yeux verts avaient le même éclat que ceux de la jeune fille. Karine lui sourit.
-Bonjour Grand Frère…
-Bonjour Yu Long, répondit Fa en souriant.
-Shiro ! Me voilà ! Dit Fa en ouvrant la porte du magasin.
Shiro ouvrit un rideau derrière le comptoir. Il se figea en voyant Karine.
-Karine ? ! !
-Bonjour Shiro.
-KARINE ! !
Il bondit par-dessus le comptoir et atterrit devant Karine qu’il serra contre lui de toutes ses forces. Il enfouit son visage dans la chevelure de Karine.
-Karine, tu es revenue…
La jeune fille se laissa faire avec indulgence puis s’écarta.
-Merci Shiro…
Shiro allait ouvrir la bouche pour lui poser des questions lorsqu’il vit Heï qui se tenait en arrière, Baï sur le dos.
-Heï ? Baï ?
-salut Shiro ! Dit Heï, ou est ce que je peux mettre Baï ?
-A l’étage, répondit Fa, allez-y, je ferme et je vous rejoins.
Shiro ouvrit de nouveau le rideau, dévoilant un escalier montant. Karine s’y engouffra, suivie par Heï et Baï. Arrivés à l’étage, Shiro les guida jusqu'à une chambre. Deux lits étaient installés et sur l’un d’eux reposait Kuro. Karine se précipita à son chevet en deux pas et s’agenouilla.
-Kuro ? Qu’est ce que tu as ?
-Karine ? Murmura t’il en ouvrant les yeux.
Heï posa Baï sur l’autre lit et l’aida à se débarrasser de sa tunique et de ses chaussures.
-Il est comme Baï, dit-il, étrange, j’aurais parié pour le contraire. Si j’ai bien suivi le principe des doubles, tout ce qui touche l’un touche l’autre non ?
-Pas dans ce cas ci, dit Fa en entrant.
Il s’agenouilla prés de Baï et le recouvrit de la couverture.
-La force d’imposition ne fonctionne plus, ce qui fait qu’elle ne peut plus échanger les doubles. Et quand deux doubles cohabitent dans le même monde, l’intrus perd ses forces. Il ne peut y en avoir qu’un dans chaque monde.
-Mais pourquoi est-ce Kuro qui est malade et pas Heï ? Demanda Karine.
-Karine, je suis né
dans ce monde… C’est Kuro
l’intrus, dit Heï.
-Ha, oui, j’oublie tout le temps, je m’y perds moi avec ces interversions…
-La question est, comment allons nous rentrer, dit Heï en s’accroupissant.
-Héla, héla ! Fit Shiro, vous repartez déjà ?
Karine hocha la tête puis expliqua sa mission a son ami. A la fin de son récit, celui ci avait pâli.
-Tuer un dragon… Tu es folle… Il te mettra en pièce avant même que tu sois entrée !
-Shiro, je n’ai pas le choix ! Si je ne fais rien, Zhu Long détruira le monde… Toi aussi par la même occasion…
Shiro essaya de dire quelques choses quand une femme entra dans la pièce. Elle était rousse aux yeux marron vert et portait un large pull irlandais. Elle regarda l’assemblée, nullement étonnée de la présence de deux paires de jumeaux et fixa son regard sur Fa.
-Seigneur Fa, la force d’imposition est coupée.
-Je l’ai senti, merci Aka, comment te sent-tu ?
-Ca va, mais je suis inquiète pour Hong… Et pour mon bébé…
Elle plaqua ses mains sur son pull, dévoilant un léger arrondi. Fa lui sourit.
-Ne t’inquiète pas. Tant qu’il n’est pas né, la force d’imposition n’aura pas d’effet sur lui, et puis, il a du sang de dragon non ? J’y pense, Yu Long, je te présente Aka, une zhiao. Elle est née dans ce monde mais a épousé un hen-li du monde de Baï. Aka, je te présente ma plus jeune sœur, Dame Yu Long.
-Très honorée, dit aka en s’inclinant.
-Tout le plaisir est pour moi.
-Aka, contacte tout les hen-li et zhiao de la capitale, je veux un rapport sur leur santé ou si des arrivées impromptues ont eu lieu. Appelle-moi aussi les autres passeurs.
-Oui Seigneur Fa.
-Qu’est ce qu’on va faire Grand Frère ? Demanda Karine.
-En premier lieu, il faut vous renvoyer. J’ignore combien de temps pourront tenir Kuro et Baï. Mais pour ça, il faut réinitialiser les miroirs. En attendant Karine, Heï et Baï, vous êtes les bienvenus. Si vous désirez manger, boire ou prendre un bain, demandez à Aka.
-Merci Grand Frère.
Karine sortit de sous la douche. Elle s’enveloppa dans une grande serviette de bain et s’essuya les cheveux à l’aide d’une autre. Elle contempla son reflet dans le miroir. Si, dans les grandes lignes, son apparence était la même, quand on regardait de prés, on remarquait de légères différences. Elle avait grandi. En premier lieu. Ce n’étais pas flagrant, mais elle avait remarqué que les vêtements qu’elle portait en arrivant dans le monde de Baï étaient devenus trop petits. Ensuite, elle avait énormément de mal avec ses écailles. Tout comme ses parents, sa forme humaine possédait quelques attributs reptiliens. Elle inspecta sa peau et vit que des écailles avaient poussé sur ses bras et ses jambes. Elle les fit disparaître facilement. Elle tata ensuite sa chevelure puis grogna en remarquant que des plumes y étaient mêlées. Elle mit plus de temps à les effacer, mais y parvint plus facilement que la première fois. On frappa à ce moment à la porte de la chambre. Karine sortit de la salle de bain et alla ouvrir. Elle sourit en reconnaissant Shiro.
-Bonjour.
-Je peux entrer ?
Karine sourit et s’écarta pour laisser passer son ami. Shiro avança vers le milieu de la pièce puis se tourna vers elle.
-Tu m’as manqué, dit-il en souriant.
-Toi aussi…
Elle approcha de Shiro puis leva les bras et les noua autour de son cou.
-Hé, Shiro, je suis aussi grande que toi !
-Tant mieux, je n’aurais pas à me baisser, dit le jeune homme en embrassant les lèvres de Karine.
La jeune fille se laissa faire puis laissa glisser ses bras autour de sa taille.
-Karine, y’a un truc formidable en bas, on dirait une fenêtre mais on peut pas l’ouvrir et la vue change à chaque…
Heï se figea en voyant le spectacle. Karine et Shiro le regardaient, étonnés. Heï tritura nerveusement sa ceinture puis fit demi-tour.
-Je me demandais aussi qui étais l’heureux élu… Je vous laisse. Ho, Karine, ton vêtement se barre.
Karine baissa les yeux et vit que sa serviette était en train de glisser. Elle la rattrapa puis se tourna vers Heï.
-Heu, Heï, peux-tu nous…
-Je vous laisse, s’exclama Heï, je vais m’occuper de Kuro et Baï…
Il repartit en sifflotant et referma la porte.
-J’ai crut que mon cœur s’était arrêté… Grommela Shiro.
Karine se retourna pour lui faire face et l’embrassa doucement.
-Un jour, j’apprendrais à Heï à frapper aux portes…
-A ce sujet la, on a intérêt à la fermer à clef si on veut avoir la paix…
-Bonjour tout le monde ! Dit Karine en entrant dans la chambre des garçons.
Heï, Kuro et Baï lui lancèrent un regard étonné. Elle s’arrêta.
-quoi ?
-Karine, commença Kuro, tu te tapes Shiro et vous ne m’en avez jamais rien dit ?
Karine resta bouche bée.
-Mais… Enfin Kuro… Je veux dire, on a commencé une ou deux semaines avant mon départ et… Ho, c’est gênant !
-Vous ne vouliez pas m’en parler ?
-Si ! S’exclama Karine, on voulait justement te le dire le jour de mon départ…
Heï eut un petit rire gai puis regarda autour de lui.
-Shiro n’est pas avec toi ?
-non, fit Karine en secouant la tête, trop fatigué, il dort… Il doit manquer d’endurance.
Heï se remit à rire, franchement cette fois la. Kuro sourit à son tour, trop fatigué pour rire. Karine s’assit sur le lit de Baï. Le jeune homme était roulé en boule sur le flanc, tournant le dos à Karine et aux deux autres hommes. Karine se pencha pour lui caresser les cheveux.
-Ca va Baï ?
-Ouais, ouais, laisse-moi…
Karine se redressa, légèrement surprise du ton de Baï. Fa entra à ce moment la, une liasse de papiers entre les mains. Il fit signe à Karine de venir.
-Qu’y
a t’il Grand Frère?
-Viens dans mon bureau, je dois te parler de plusieurs choses.
Karine le suivit jusqu'à une pièce dans le second étage et s’assit sur un des fauteuils du bureau. Fa s’installa à son tour puis fixa sa plus jeune sœur.
-J’ai deux choses à te dire Yu Long. Une d’ordre privé et l’autre concernant ta mission. Commençons par la mission. J’ai ici des rapports concernant la force d’imposition. Pour l’instant, les deux mondes ne subissent aucune modification importante. Bien sur, les Serviteurs du dragon sont un peu inquiets, mais seuls Kuro et Baï sont malade. Ensuite, les tempêtes et les dérèglements climatiques ont enfin cessé. J’ai convoqué d’autres passeurs et ils viendront m’aider à initialiser le miroir. Une fois celui ci remit en place, vous pourrez retourner dans le monde de Baï. Voilà.
-J’ai compris, et pour le personnel ?
Fa referma le dossier devant lui.
-Yu Long, te rends-tu compte combien tu fais souffrir Baï ?
Karine fronça les sourcils. Fa se leva et vint s’asseoir prés d’elle.
-Karine… Ils sont tous amoureux de toi. Baï, Shiro, Kuro et Heï… Kuro et Heï ne t’imposeront pas leurs sentiments, mais c’est différent pour Shiro et Baï.
-Mais j’aime Shiro et il m’aime.
-Justement Yu Long … C’est le principe des doubles. Ce que subit l’un, l’autre le ressent aussi. Baï t’aime autant que Shiro. Pense que c’est comme si tu laissais tomber Shiro pour un autre homme.
Karine soupira en s’appuyant sur son dossier.
-Je… Je n’y avais pas pensé… J’ai toujours vu Heï et Baï comme des jumeaux de Kuro et Shiro… Mais jamais comme… Comme des doubles… Je n’avais jamais pensé que la ressemblance pouvait être aussi poussée…
Fa lui caressa les cheveux en souriant.
-Je sais très bien ce que Baï peut ressentir… Sais-tu pourquoi on parle des Fa comme étant à la fois des jumeaux et des doubles ?
Karine secoua la tête. Fa prit un miroir appuyé sur le bureau et le montra à Karine.
-Parce que même si nous avons deux corps distinct, Fa et moi n’avons qu’une seule et unique âme… Comme les doubles…
Karine fronça les sourcils. Fa continua ses explications tout en montrant son reflet.
-Lorsque nous étions enfants, nous agissions l’un envers l’autre comme avec un reflet. L’un gaucher, l’autre droitier. Identique, mais inversé, jusqu'à la mèche de cheveux qui tombait au même moment… Lorsque l’un de nous deux se blessait, l’autre le ressentait. Si l’un de nous était bloqué en marchant, l’autre devait s’arrêter. Si l’un de nous aimait une femme… L’autre l’aimait aussi. Si cette situation nous amusait dans notre prime enfance, en grandissant, elle devint de plus en plus gênante… Au point que pour pouvoir vivre notre vie, nous nous sommes séparé… Mon frère dans le monde chinois, et moi dans ce monde ci… A peine avons-nous été séparé que nous avons put être enfin libre l’un de l’autre. Certes, notre lien privilégié, bien qu’affaibli, ne nous a pas quitté, mais nous avons put aimer des femmes, avoir des enfants…
Karine sourit puis leva les yeux pour regarder le plafond.
-Mais que vais-je faire… Je ne peux pas les séparer… De toute façon… Ca ne changerait rien… Le mal est fait… Ho Grand frère, que dois-je faire ?
La porte s’ouvrit à la volée et Aka entra, l’air affolé. Elle avait les joues rouge d’avoir couru et des larmes dans les yeux.
-Seigneur Fa ! ! ! C’est affreux !
-Qu’y a t’il Aka ?
La jeune femme montra un des miroirs et sur un geste de la main, celui ci s’illumina. Un Hen Li apparut sur l’écran.
-Un Hen Li vient d’arriver en ville, il fait un carnage au centre commercial !
-Par les écailles du Tao Tie ! ! ! Seul ?
-Non, avec un Li Hu.
-Autre chose ?
-Heu, oui, il semble magicien.
-Je m’en occupe, dit Karine en sautant sur ses pieds.
-Holà, pas toute seule ! S’exclama Fa, tu prends Heï avec toi !
-Pas de problème, Heï ! ! !
Karine dévala les marches et percuta un des jeunes garçons de plein fouet. Elle s’écarta d’un bond.
-Kuro ? Mais que fais-tu debout ?
-Heu, non, c’est Heï, signala le jeune homme, Kuro m’a dit de prendre ses fringues…
-Tant mieux, écoute, un hen-li fait un carnage en ce moment, on doit s’en occuper.
-Je te suis !
-Je viens avec vous ! Clama Shiro.
-Non, reste ici, c’est dangereux ! Dit Karine par-dessus son épaule.
Les deux jeunes gens disparurent en courant. Fa descendit à son tour.
-Ils sont déjà partit ? Mais ils n’ont même pas prit leurs armes !
-Donnez les moi, dit Shiro en empoignant le caducée et le poignard de Heï.
-Shiro ! Attend ! ! !
A suivre: Chapitre 15 : Le Tigre Et La Marionnette
Et voici celle que vous attendez tous: KINEKO!!!
Kineko: Merci la foule en délire!!!!
Baï: Ou ça une foule?
Heï: bouge pas je la fait, olaaaaaaa!
Kineko, une goutte de sueur à l'arrière du crane: Merci Heï, mais la ola monoplace, c'est pas terrible...
Karine: On en est déjà au chapitre quinze de ces inepties?
Kineko, euphorique: Viiiiii!
Kuro en toute innocence: Et tu as fini?
Kineko: Heuuuuuuuuuu... Oups?
Kuro: Je ne sais pas ce que je désire le plus: Qu'elle finisse cette histoire vite fait ou qu'elle ne la finisse jamais...
Heï: Idem.
Karine: N'empêche, enfin un peu d'action!
Kineko: Tu parles du Hen-Li a bastonner ou de ta partie de pattes en l'air avec Shiro?
Karine, toute rouge: KINEKOOOOOOOOOOOO!!!
Kineko: De quoi tu te plains? J'aurais put faire une scène vachement graphique!
Karine: je t'interdis de dévoiler ma vie sexuelle aux lecteurs!
Kineko: Je suis sure que ça les intéresse ces petits perv... Heu, critiques avisés...
Heï: Pas possible..
Kineko: bah poukoi chouchou?
Heï: tes lecteurs, c'est en majorité tes copines et tes copines, elles aiment que le yaoï... Et si je me souviens bien ce a quoi j'ai eut droit grâce à la charmante Aline, le yaoï, c'est entre deux bonhommes...
Kineko: Ha bah j'ai qu'a te caser avec Baï! Comme ça, tout le monde est content!
Kuro: Elle est folle.
Shiro: On savait déjà...
Baï: Oui, mais la c'est pire...